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Réunion du 24 novembre 2012.

ORIGINE ET ÉVOLUTION DES OFFICES DE LA LOGE ET DES DIGNITÉS MAÇONNIQUES EN GRANDE BRETAGNE DU XVIIe SIÈCLE À NOS JOURS

Première Partie :

I – LES OFFICES DE LA LOGE, DE L’ÉCOSSE DE WILLIAM SCHAW À LA PREMIÈRE GRANDE LOGE ANGLAISE JUSQUE VERS 1750

C’est par une question que Roger Dachez et Thierry Boudignon ouvre ce travail toujours au centre de la Maçonnerie moderne.

Quelle est l’origine des offices d’une loge maçonnique ?

Répondre à cette question, c’est nécessairement la mettre en rapport avec le système primitif des grades maçonniques et rechercher cette origine d’abord en Écosse, à la fin du XVIIe siècle, puis en Angleterre, au début du XVIIIe siècle.

Rappelons qu’en Écosse au XVIIe siècle, le système des grades est composé de deux étapes : l’Apprenti Entré (Entered Apprentice) (c’est-à-dire un Apprenti qui a fait ses preuves pendant 7 ans environ comme

Apprenti enregistré), et le Compagnon du Métier ou Maître (Fellowcraft or Master) ce dernier état étant assez rarement atteint en raison de son coût. Par ailleurs, il existe deux types de structure dans cette Maçonnerie Écossaise : une structure civile, administrative et publique, l’Incorporation ou la guilde des Maîtres qui gouvernaient la cité et l’emploi, et une structure « secrète », propre au métier, la loge.

Ces structures, indépendantes en principe, étaient, en réalité, complémentaires ce qui provoquait des rivalités et des conflits. Quoi qu’il en soit, l’Incorporation est composée de Maîtres, maîtres qui possèdent dans la loge le « grade » le plus élevé que celle-ci puisse conférer, celui de Compagnon du Métier, catégorie dans laquelle sont recrutés les futurs maîtres de l’Incorporation. On comprend donc bien que le titre de « Maître » n’est pas un grade de la loge, mais une dignité civile que l’on acquiert par héritage, par mariage ou même par achat.

Au début du XVIIIe siècle, en Angleterre, dans les années 1720, un nouveau grade apparaît, le grade de Maître. Il est sûrement attesté en 1730 dans la forme que nous lui connaissons et la composition de ce grade, purement anglais semble-t-il, est le résultat de l’ajout d’une légende au deuxième de Compagnon du Métier, d’origine écossaise. Le nouveau deuxième grade anglais, celui de Compagnon « nouveau style », dans un système désormais en trois grades, résulte d’une division de l’ancien premier grade écossais. Ainsi, dans le système anglais, le titre de « Maître » est bien devenu un grade de la loge. Ce système est dès lors constitué comme suit : Apprenti Entré, Compagnon du Métier, Maître.Mais le terme « Maître » va devenir rapidement ambigu puisqu’il va désigner aussi bien un grade, « Master Mason » ou Maître

Maçon, qu’un office, le Maître de la loge « Master of the lodge » (office dont on sait par ailleurs que c’est aussi un grade)…

  • Les offices de la loge au XVIIe siècle

Dans une loge de maçons « opératifs » en Écosse au XVIIe siècle, il y avait un président qui s’appelait le « Warden », étymologiquement « le Garde » (la traduction par « Surveillant » s’est imposée au début du XVIIIe siècle seulement). Ce terme, « Warden » ou Garde, se retrouve dans les organisations traditionnelles de métier. En Angleterre aussi, même si les organisations de métier (les « London Companies », les guildes londoniennes, et notamment la Compagnie des Maçons de Londres, « London Masons Company ») n’avaient plus, dès cette époque, l’importance de leurs homologues écossaises, elles élisaient cependant un président qui portait et porte encore le titre de « Warden ». Par contre, dans l’Incorporation écossaise, le président s’appelait le « Deacon », le diacre, (l’envoyé) ou, dans le vocabulaire contemporain, le « délégué général ». Les rivalités entre l’Incorporation et la loge expliquent que, dans quelques cas, on trouve aussi des « Deacons » dans les loges. À côté des offices de « Warden » dans la loge et de « Deacon » dans l’Incorporation, on ne connaît pas d’autres offices, en Écosse, même s’il est probable qu’il y avait une sorte de secrétaire-trésorier, le « clerk », le clerc, extérieur au métier, mais dont la fonction était indispensable à la vie de la loge.

  • Les offices de la loge au début du XVIIIe siècle (1717-1723)

Quand, où et comment le système écossais s’est-il transmis en Angleterre jusqu’à l’apparition des loges, puis d’une grande loge, avec ses offices propres ?

Cela reste encore en partie un mystère. Le système de la Première Grande Loge, en 1723, est le suivant :

le Titre IV des Constitutions distingue, les Maîtres, les Surveillants, les Compagnons et les Apprentis. Ici, le terme « Maître » ne désigne pas un grade, qui n’existait pas encore, mais un office, le « Maître de la loge ». Il y a aussi un autre office : les Surveillants (« Wardens »). La hiérarchie ou le cursus maçonnique s’établit ainsi : on est d’abord Apprenti, puis Compagnon, grade qui est une qualification indispensable pour devenir, éventuellement, Surveillant puis Maître de la loge, fonction supérieure à celle de Surveillant. D’ailleurs, il est prévu qu’en cas d’incapacité du Maître de la loge, c’est le « Senior Warden », c’est-àdire, littéralement, « le plus ancien garde » qui le remplace, s’il n’y a pas d’« ancien » Maître de loge, et à défaut de « Senior Warden », on fera appel au « Junior Warden », soit « le plus jeune garde ». Notons que la traduction par 1er et 2e Surveillants est en réalité fautive, bien qu’elle soit consacrée par l’usage. Nous constatons ainsi qu’on distingue, qu’il s’agisse aussi bien des Maîtres que des Surveillants, les plus anciens et les plus jeunes. Faudrait-il voir, ici, l’origine du passage d’un « Warden » unique, à deux « Wardens » ? Le dédoublement des Surveillants serait donc le résultat de la prise en compte de l’ancienneté dans l’exercice de la fonction, exactement comme il existe un « Maître de la loge » et un « Passé Maître » (Past Master). Bref, en 1723, la loge est présidée par un « Maître » assisté de deux Surveillants, le « Senior Warden » et le « Junior Warden ».

  • Mais, existe-t-il d’autres offices ?

L’article 17 des Règlements généraux de la Grande Loge distingue un Grand Maître, un Grand Maître adjoint, des Grands Surveillants, un trésorier et un secrétaire, ces deux derniers offices semblant encore être exercés temporairement.En ce qui concerne la période inaugurale 1717-1723, nous manquons cruellement de documents puisque le Registre des procèsverbaux de la Grande Loge ne commence précisément qu’en 1723, et que ce n’est qu’en 1738 qu’Anderson a reconstitué les procès-verbaux antérieurs. Il convient donc de manier ces textes avec prudence. Selon Anderson, il y avait, en 1717, un Grand Maître, Anthony Sayer, investi par le plus ancien des Maîtres de Loge présents. Il y avait aussi deux Grands Surveillants. Cet usage, un Maître et deux Surveillants, semble provenir des quatre loges fondatrices de la Première Grande Loge, et s’est conservé. Après 1730 et l’apparition du grade de Maître, il fallut modifier le contenu du titre IV des Constitutions. Le cursus maçonnique devint alors le suivant : Apprenti Entré, Compagnon du Métier, puis Maître Maçon. Les Surveillants sont choisis parmi les Maîtres Maçons et pour devenir Maître de la loge, il faut avoir été Surveillant. Le mot « Maître » désigne donc, à la fois, un grade et un office.

  • Les Diacres

Il n’est jamais fait mention des Diacres (Deacons) avant les années 1740, c’est-à-dire à une époque où les Irlandais commencent à se manifester. Dans la Maçonnerie disséquée de 1730, comme dans le manuscrit

Wilkinson (circa 1727), ce ne sont pas les Diacres qui accueillent le candidat, comme dans la maçonnerie anglaise contemporaine, mais le 2e Surveillant. Cette tradition passera d’ailleurs en France et subsiste dans

le Rite Écossais Rectifié. Ainsi, on constate que si l’office de « Warden », un office de la loge écossaise, s’est facilement implanté en Angleterre, par contre l’office de « Deacon », un office de l’Incorporation, mettra plus de temps, sans doute parce qu’étranger aux organisations de métier anglaises. C’est donc par le biais des Irlandais et de la Grande Loge des « Anciens » que cet office prendra pied, plus tard, en Angleterre.Mais y a-t-il un rapport entre les offices écossais et irlandais ?

  • Le Tuileur

Dès 1723 en Angleterre, Anderson, dans les Constitutions, fait allusion à un frère chargé de garder la porte de la Grande Loge mais, s’il désigne la fonction, il ne la nomme pas, ce qui sera fait seulement dans les années 1730. Pour autant, il n’est pas certain que cet office de Grande Loge existait déjà dans les loges particulières. Il semblerait plutôt que l’office de Tuileur, comme peut-être d’autres offices, serait le produit d’une innovation de la Grande loge qui se serait répandue ensuite dans les loges voulant imiter la Grande Loge. Ce phénomène pourrait également s’observer en France. À ce propos, le mot et l’office de « Tuileur » appliqués à une loge y sont attestés dès les premières divulgations des années 1740, et son rôle dans la mise en place de la loge y est bien spécifié. Cependant, la Grande Loge de Londres commence à s’intéresser à la mise en place du système des offices dans les loges puisque, dès le 24 juin 1727, elle décide, pour la première fois, que le Maître et les Surveillants de toutes les loges particulières devront porter les bijoux de la Maçonnerie pendus à un ruban blanc. Le 17 mars 1731, on précise que les tabliers de cuir bordés de soie blanche seront réservés pour le Vénérable Maître et les Surveillants, tandis que la couleur des cordons et de la soie bordant les tabliers des Grands Officiers sera bleue, sans préciser la nature exacte de ce bleu. À partir de 1750, la Maçonnerie anglaise va cependant connaître une situation radicalement nouvelle…

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