Les douze travaux d'Hercule
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de Denys ROMAN

Renaissance Traditionnelle N°42 - Avril 1980. p 131 - Tome XI

 

Dom Pernéty a longtemps étudié les principales légendes de la Mythologie grecque ou celles des fables égyptiennes.

Les Mythologies sont riches en légendes dont il est parfois difficile d’en saisir le véritable sens. Leurs origines étaient fréquemment l’expression d’une vérité d’ordre doctrinal voir initiatique. Les défaillances de l’étude de Pernéty 

L’œuvre de cet auteur nous transmet une documentation utile. Cependant elle présente quelques défauts qui ne sont pas liés à lui-même, mais plutôt à ceux de son siècle. Ainsi, il démontre et conclue à la non-existence des Héros de la mythologie, mais, à son époque le site archéologique de Troie n’avait pas été découvert. Il ne peut pas être suivi sur ce point et on ne peut pas lui reprocher le résultat de sa recherche pour l’une des raisons énoncées précédemment.

De nos jours, d’autres éléments sont à considérer. C’est à travers les recherches de René Guénon et de son courant de pensée qu’il est admis que les événements historiques, géographiques, etc. ont pour eux même une signification symbolique. Notons que Pernéty se démarque en posant le postulat suivant « les mythes antiques n’ont pas existé et ne peuvent être que des symboles. Ils ne sont que l’expression symbolique des opérations de l’alchimie », cependant, il est dans l’obligation d’admettre que les faits relatés dans les livres sacrés sont des faits historiques. Il omet l’hypothèse qu’ils pourraient être eux aussi des symboles hermétiques. Cela réduit de manière notable ses dissertations et surtout son dictionnaire.

Des sujets de prédilection : L’or et les 12 travaux d’Hercule

Dans son étude Pernéty donne l’impression de traiter de manière importante les légendes où il est question de l’or. On a relevé quelques oublis, volontaires, ou, pas dans ses choix. Par exemple, pourquoi avoir choisi de ne pas étudier les rameaux ? De plus, il ne spécifie pas la fin parfois dramatique des conquérants de l’or (la toison d’or, l’âge d’or…). Pernéty consacre également une part importante à l’étude des 12 travaux d’Hercule et s’efforce de trouver des applications à l’hermétisme.

Ainsi dés la naissance d’Hercule. Il constate que ce mythe possède une caractéristique très particulière. L’exploit d’Hercule, qui a été de tuer les 2 serpents tombés dans son berceau se retrouve comme un écho dans l’allégorie du caducée d’Hermès (tige d’or autour de laquelle s’enroulent 2 serpents). Parfois, cet exploit est identifié aussi dans le rebis (rosaire des philosophes) et symbole de la perfection de l’état humain qui tient dans chaque main un serpent. On pourrait en tirer les conclusions suivantes : Toutes les aventures d’Hercule peuvent revêtir un sens symbolique que l’on inclue ou pas les 12 travaux.

Astrologie, hermétisme alchimie…

Dans les XII travaux d’Hercule quelle que soit l’époque et les auteurs qui les étudient, on repère une inversion entre le XI (l’enlèvement de la pomme d’or) et le XII (la descente aux enfers) ; notre auteur suit également cet ordre, puisque celui-ci serait plus conforme aux traditions et revêt une signification initiatique. Cette hypothèse est renforcée par «  La descente aux enfers « Cette épreuve permettrait finalement d’être le début d’une initiation et les travaux précédents une sorte d’introduction.

D’autres auteurs essaient de trouver un lien entre la régularité des 12 travaux et la succession les signes du zodiaque. JEAN RICCHER réfute cette idée. Pour lui, elle est impossible à établir en raison de la précession des équinoxes. Cette justification reste une des raisons essentielles pour tout ce qui traite de la chronologie traditionnelle. Pour lui l’acceptation de tels changements dans l’astrologie déséquilibre au préalable les anciennes civilisations grecques permettant un certain flottement. On constate et on voit apparaître des attributions doubles et/ou des monuments qui se reflètent dans les légendes. Cette théorie semble la plus plausible étant donné l’état des textes traitant la Mythologie. Ainsi toutes tentatives de corrélation entre les 12 travaux et les constituants de l’hermétisme tels que l’astrologie ou l’alchimie se trouvent compromis. Pernéty se préoccupe peu de cette succession. Il ne tente pas de mettre en relation les travaux et l’art alchimique. Il se contente de rappeler les acteurs du mythe d’Hercule et les symboles identiques trouvés dans les écrits. Ses conclusions ne sont pas inintéressantes, mais ne font pas progresser de façon éloquente la science des philosophes.

Les auteurs de cet article suivent René Guenon qui préfère penser que «  l’Art Royal n’a pas la finalité de changer le plomb en or, mais, il permettait de travailler une matière première plus précieuse l’homme », c'est-à-dire qu’il s’agissait d’opérer une transmutation de l’homme en homme véritable, afin de se rapprocher de l’état originel décrit dans la bible ; ce qui permet de retrouver également un environnement identique à celui de la création. Dans cet ordre d’idées, certains éléments de la Légende d’Hercule peuvent trouver des applications dans l’interprétation des principes du symbolisme. L’apprentissage et l’acquisition de technique sont des outils qui permettent à l’initié ou à tous ceux  qui sont en recherche de connaissance de soi d’être sur ce chemin. Un des travaux d’Hercule «  l’enlèvement des bœufs de Géryon » illustre ce concept. Il s’agit du Xème travail. C’est dans celui-ci que l’on trouve les colonnes d’Hercule dans le détroit de Gibraltar. C’est sur l’une d’entre elles qu’Hercule y grava « nec plus ultra ».

Ces colonnes ayant une multitude de connotations se retrouvent dans tous les rites d’initiation. 

La vision de A. Dante

Dans l’une des œuvres de Dante « l’enfer chapitre XXVI », l’auteur nous met en garde sur les dangers encourus en matière d’initiations pour ceux qui suivent une voie irrégulière. Son texte « la mort d’Ulysse » suscite la surprise et la perplexité, car cette version est totalement différente des autres écrits sur ce sujet. D’éminents spécialistes de Dante trouvent ce travail particulièrement énigmatique, et ils soulignent que tout peut être étudié et interprété.

Les rédacteurs de l’article de Renaissance Traditionnelle se proposent dans un prochain exposé d’éclaircir quelques points sans avoir la prétention de tout élucider.

Petites réflexions personnelles

En quelques phrases, je vais essayer de vous faire part brièvement des idées qui se sont imposées à mon esprit en travaillant ce texte. Dante s’inspire du texte antique l’Odyssée d’Ulysse pour en réécrire une partie. Celle-ci est « la mort d’Ulysse »

Pour ma part, ce texte fait résonnance en moi, puisque j’ai retrouvé des éléments que l’on a dans certains rituels (les 4 éléments, la lumière, la notion d’orient, les nombres… ). Dès le début de ce récit, Ulysse part avec entrain à la découverte du monde, des hommes et de lui-même. Il part selon moi pour un monde inconnu et laisse derrière lui son passé, son vécu. À partir de cette idée, je me suis fait la réflexion que Dante essayait de retransmettre ce qu’il avait vécu lors de ses propres cérémonies de réception. J’imaginais que les colonnes d’Hercule étaient peut-être la porte entre son ancienne vie et la perspective pour lui de cette nouvelle voie. C’est à dire aller chercher au plus profond de soi, ce qui permet de s’améliorer pour permettre d’être sur le chemin de la connaissance de nous, des autres et de notre environnement, et si j’ai bien compris le message de René Guénon ce qu’il appelle « la transmutation ». Ceci dit, dans cet article, le titre en lui-même m’interpelle. Hercule se compose de 7 lettres, de travaux (Ce nom signifierait-il pas voyage ?) et du nombre 12 = 1+2=3 et 3… Mais aussi toutes ces épreuves ne sont-elles pas finalement synonymes de connotations évidentes ? De plus, les Dieux grecs ne sont-ils pas le symbole de la sagesse, du courage, de la beauté et de la force ?

Rappels des 12 travaux d’Hercule (Travail effectué en 10ans)

Vaincre le lion de Némée, tuer l’hydre de Lerne, vaincre à la course la biche de Cérynie, rapporter vivant l’énorme sanglier d’Erymanthe, nettoyer les écuries d’Augias, tuer les oiseaux du lac Stymphale, dompter le taureau Crétois de Minos, capturer les cavales de Diomède, rapporter la ceinture d’Hippolyte, voler les bœufs de Geryon, rapporter les pommes d’or du jardin des Hesperides, descendre aux enfers et en rapporter le chien à 3 têtes.

Antoine-Joseph Pernéty (1716-1801)

Fondateur de la secte hermétique « les illuminés d’Avignon »

Dante Alighieri  (Florence 1265-Ravenne 1321)

L’initiation de dante à l’ordre des Fidèles d’Amour

L'Ordre des Fidèles d'Amour (1100 date de son apparition) est une société secrète de gens de lettres à laquelle appartenait Dante et au sein de laquelle Guido Cavalcanti apparaissait comme un maître. Pétrarque a aussi été un membre de celui-ci. L’ordre se situe à l'intersection creusée de deux cultures : l'une, provençale, est la longue lignée des troubadours et trouvères que Cavalcanti et Dante achèvent ou parachèvent ; l'autre, qui la macule d'une mystique nouvelle, est celle des soufis. Dante y aurait été reçu vers l’âge de 28ans environ.

Dante parle de cette expérience et franchit cette étape cruciale notamment dans le chapitre XVIII de la Vita Nova. L'organisation initiatique des Fidèles d'Amour a disparu officiellement en Occident dès la fin du moyen âge vers 1312, mais il survivrait encore de nos jours dans la « clandestinité ». Aucun rituel utilisé par cet ordre n’a été retrouvé.

Dante  et le Prieuré de Sion

On pense que Dante aurait été initié au Prieuré de Sion dont la branche armée est les templiers. Par ailleurs, il aurait été un proche de Jacques de Molay, grand-maître des templiers jugé et condamné sous Philippe le Bel en l’an 1314.

Ainsi, dans le Paradis (Chant XXX), Béatrice, dans l'Empyrée, est entourée et protégée par une assemblée de blancs manteaux reconnaissables à leur prestigieux manteau blanc frappé d'une croix pattée rouge sur l'épaule qui ne sont autres que les chevaliers du Temple. Dante et les Fidèles d'Amour n'ont cessé de rappeler leur filiation avec l'esprit chevaleresque de l'Ordre du Temple qui avait placé sa solution sous le signe de l'ésotérisme, lequel lui aurait permis d'avoir avec les musulmans des relations pacifiques. Par exemple, Dante se sert souvent du chiffre 9 comme chiffre sacré, symbolisme de la trinité : esprit, âme, corps, chacun ayant 3 aspects et 3 principes. Ce chiffre, également très symbolique pour les Templiers, rappelle les 9 fondateurs traditionnels de l'Ordre, ainsi que les 9 provinces du Temple d'Occident. 

Au musée de Vienne est exposée une médaille à l'effigie de Dante réalisée par Pisanello, le peintre aux sept vertus. Au revers de la médaille qui représente Dante, on peut lire l'étrange suite de lettres suivante : « F.S.K.I.P.F.T. ». Selon René Guenon, elles signifient « Fidei Sanctae Kadosh Imperialis Principatus Frater Templarius ». Cette médaille est non seulement une preuve supplémentaire de la relation étroite qui unissait Dante aux Templiers, mais elle sous-entend aussi que les Fidèles d'Amour furent sans doute les vrais et seuls gardiens des valeurs morales et spirituelles de l'Ordre du Temple, après sa dissolution officielle, en 1312.

Écrit par CB.